Les robes et les tabliers

 

Les robes et les tabliers

 

Je suis en robe de chambre

J’aime les tabliers de la maman

Les robes se salissent

On avait le tablier du dimanche

Avec de grandes poches et toujours

Un mouchoir

Des pantoufles à l’école dans le couloir

Bien rangées en rentrant de jouer

Moi je ne jouais pas

Je restais dans le coin du préau

Où elles jouaient aux quatre coins

Les maîtres marchent en rang fument

Ou vont boire un café

Ils ont des blouses grises

Et parlent des élèves non de leur vie à côté

Un écolier n’est pas une boîte à apprendre

C’est un enfant souvent plein de soucis

Qui oublie ou pas et reste immobile

Froid

A la maison il a une maman hostile un père fatigué et dans le coin de la cheminée

La mémé qui se meurt d’une chose vilaine

Dont on ne parle pas

Elle n’a plus de cheveux pourquoi

Elle ne sort plus comme hier

Elle est triste et parle toute seule

De la guerre de son homme et se sent comme un poids dans la famille

On la vouvoie

Je n’ose pas y aller j’ai peur

Elle ne parle pas elle regarde et elle pense

Dans son tablier noir

A table on lui apporte une assiette de soupe et ce qu’elle veut manger

Sa maison est à côté mais on l’a prise ici

Son fils est en Allemagne

On attend son retour

Mais la guerre est finie mémé il sera de retour bientôt

Elle guette le facteur il n’apporte jamais de nouvelles du fils

Puis un jour le maire vient avec une enveloppe et une médaille

Il a gagné une médaille celle de la mort

Elle se met à pleurer lentement comme un ruisseau de sang et fait merci sans mot

Elle prend la médaille et la jette au feu

Puis elle prend sa canne et sort

On la regarde elle va vers la rivière en bas avec sa robe noire

Elle jette sa clé dans l’eau et se met à flotter sur l’e  au comme un bateau

Maman regarde !

On descend en courant déjà mémé s’en va

Comme un gros ballon noir qui flotte

Je cours chez le pompier mais le temps que j’arrive la mémé disparaît vers l’ocean des morts

Où elle va dit mon père

Elle va avec son fils

Le tonton Marius

Il est mort à la guerre

Me voilà bois flotté je flotte dans les airs et tombe dans le pré !

23 août 25

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

la grande poète a été retrouvée

Elle écrit

Celui qui vient vers moi