on m'a tout arraché

 

On m’a tout arraché

 

On m’a privée de vivre

dans mon corps dans mon âme

et même dans les outils suprêmes

qui permettent d’écrire

il ne me reste rien

a 5 ans je pouvais lire écrire prier

traverser la place pour l’eglise

et monter l’escalier de l’école

ces petits bonheurs là ne m’ont jamais quittée

quant à savoir pourquoi je ne saurai jamais

envie de savoir sans parler

besoin d’un petit coin où me retirer

mais la terre est trop pleine pour les pauvres mal nés

Alors comme un enfant je dus abandonner

Et devenir celle de la maison qui doit tout faire

Puis le jour où l’école ouvrit son grand portail ce fut le grand voyage qui mène de la gare aux rails avec peu de bagage

Dans mon tablier noir de 1948 avec mon nom brodé sur la petite poche en rouge

Je me sentis revivre bien que timide et

Sans savoir aucun

La maîtresse me mit au premier rang

Moi enfant de pauvres, et j’en fus bien contente quand arriva le flot des garçons

Excités qui cognaient leurs genoux à la table de bois

Je fus très contente et tout m’interessa

Mais voilà qu’aujourd’hui où je quitte l’école, je me sens perdue, abandonnée

Dans ma maison désordonnée

Il n’y a plus personne

Ni parents ni enfants après la longue vie

Où je crus dépérir, je ne pouvais plus lire ni écrire à la main qui avait pris la teinte de celle de maîtresse puis tremblotait un peu

Je ne sais pas nouer les liens aux étrangers, or j’étais à l’antipode amour

Où nul ne parle plus mais tout le monde crie alors je reprends mon coin de balcon

Et ne fais rien de beau .

Me voilà incapable d’utiliser les membres

J’ai les machines -outils sorties de contrebande où je ne connais rien

Pourtant j’ai bien appris mais trop tard

Et les trous de mémoire ne se réparent pas

Je vois les adaptés des téléphones riches

*qui toute la journée parlent au telephone

Et moi ,80 ans, qui ne sais plus rien faire

Seule dans ma cabane à compter le désordre qui m’amena ici alors que je rêvais d’un repos mérité à cultiver des roses et ramasser des fruits avec un chat

Tout doux à qui je parlerais

Voilà trop tard les affres ménagères sont trop lourdes à porter et je vois disparaître les amis les parents les frères.

J’écris pourtant très beau me semble-t-il

Mais nul ne veut me lire dans son centre d’accueil où je pourrais écrire

Alors la mort m’attend au coin de la fenêtre avec sa fausse plante  et je me mords les sangs dans mon peignoir

Défait

Mais Jésus qu’ai-je fait à ces fauteurs de trouble qui me toisent rieurs quand je demande asile ?

Je ne sais pas

Je ne sais plus

Je ne vis plus

Je suis dans le couloir des impatients

Qui ont pris leur ticket pour la balançoire

Moi je préfèrais la guillemotine qui coupait en douceur les troncillons de mots

Pour en faire de la poésie !

Marinette

23 juillet 25

 

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